Vietnam : "La persévérance apporte la fortune" (tiré du "Hi King")

Très ouvert sur l’extérieur (le taux d’ouverture est de 155 % du PIB), et à l’instar du “retournement” chinois inauguré par Deng Tsiao Ping en 1978, le Vietnam a opté en 1986 pour une politique “de renouveau” (Doi moi), s’ouvrant à l’économie de marché et aux flux internationaux du commerce et de l’investissement.

Très ouvert sur l’extérieur (le taux d’ouverture est de 155 % du PIB), et à l’instar du “retournement” chinois inauguré par Deng Tsiao Ping en 1978, le Vietnam a opté en 1986 pour une politique “de renouveau” (Doi moi), s’ouvrant à l’économie de marché et aux flux internationaux du commerce et de l’investissement. Membre de l’ASEAN en 1995, de l’ASEM en 1996, de la Francophilie (1997), de l’APEC en 1998 et de l’OMC en 2007, le Vietnam se montre un membre actif du Partenariat Trans-Pacifique du Commerce et de l’Investissement (TTIP).

Une croissance intense sur longue période

De 1991 à 2012, le taux de croissance moyen vietnamien a été de 7,5 % (soit un triplement du PIB), avec des poussées à 8,4 % (2005-2007). Sur 2008-2013, le taux de croissance ressort à 5,8 % en moyenne, s’amortissant encore plus sur la fin de période : 5,3 % en 2013 (FMI), après 5,2 % en 2012 et 6,8 % en 2010. Sur 10 ans, le Vietnam enregistre la troisième performance de l’Asie du Sud-est après la Chine (10,5 %) et à quasi-égalité avec le Laos (7,2 %). Conséquence logique, le taux d’extrême pauvreté qui était de 60 % en 1991 n’est plus que de 14 % en 2013.

Le PIB en de dollars US courants, qui s’élevait à 90 milliards en 2008, double pratiquement en six ans : 170 milliards en 2013 (soit +90 %). Le Vietnam fait mieux que l’agrégat Birmanie-Cambodge-Laos dont le PIB s’inscrit à 157 milliards en 2013. Le constat est similaire en termes de revenu par tête (ou de productivité apparente du travail) en PPA de 1 811 de dollars US pour les trois pays sous revue, contre 4 000 de dollars US pour le Vietnam (avec de fortes disparités : 3 246 pour le Laos, 2 578 pour le Cambodge et 1 492 pour la Birmanie). En termes de poids dans l’ASEAN, le Vietnam en représente 7 % en 2013 contre 4,5 % pour les trois derniers mentionnés (et 37 % pour l’Indonésie).

Un “tigre” à revenu intermédiaire

Phénomène marquant, l’activité en 2009 n’est pas affectée par la crise mondiale : le taux de croissance se tassant seulement à 5,2 %, après 6,3 % en 2008 et 6,8 % en 2010. Seuls les imports de biens et services baissent à la marge cette année-là (-1,4 %), alors que les exports abandonnent quand même 5.1 %. Le Vietnam doit cette situation à la structure de son commerce extérieur : les exports sont orientés vers les US A (18 %), la Chine (12 %) et le Japon (11 %), alors que les imports proviennent quant à eux de Chine (23 %), de Corée du Sud (12 %), et du Japon (10 %), les quatre pays incriminés étant moins affectés par la crise que l’Union européenne. Par ailleurs, la composition des exportations montre très clairement que le pays est bien “à revenu intermédiaire” selon la nomenclature de la Banque Mondiale : téléphones portables (16 %), textiles (13 %), ordinateurs et autres produits électroniques (12 %), chaussures (7 %). Le neuf y côtoie le plus vieux.

En contribution au PIB, l’agriculture pèse encore 22 % (le Vietnam est le troisième producteur et exportateur mondial de riz selon les années – “ripage” avec la Thaïlande –), l’industrie 40 % et les services 38 %. Le pays réforme activement son tissu industriel. Les entreprises publiques, qui étaient au nombre de près de 12 000 en 1991, ne sont plus que 3 000 en 2008 et moins de 1800 en 2012 (estimation provisoire).

En 2011, le gouvernement a renforcé sa politique d’assainissement structurel à destination des banques et des industries d’État, par fusions, réorganisations, consolidations, privatisations ou liquidations pures et simples. Il faut donc encore s’attendre à une réduction drastique du nombre d’entreprises non rentables ni compétitives dans les années qui viennent. Il est dommage que le pays ne fournisse pas la ventilation PIB “public”/PIB “privé”.

Malgré tout, l’industrie reste articulée autour de grands groupes publics, surtout dans les secteurs traditionnels (textiles, IAA, meubles, plasturgie, papier, automobiles et produits électroniques – logiciels –). Parallèlement, toujours en 2011, le gouvernement a ouvert “trois chantiers structurels sur moyen et court terme : le développement des infrastructures, la formation des jeunes (il en arrive un million chaque année sur le marché du travail), et la modernisation des institutions”.

Enfin, caractéristique qui ne trompe pas, les taux d’investissement et d’épargne restent à un niveau très élevé (38,1 % pour le premier en 2009 et 2010 et 31,6 % et 34,3 % pour le second les mêmes années de référence), bien que les deux facteurs décélèrent en fin de période avec le ralentissement de la croissance. Leurs niveaux sont à 24 % en 2013 et de 29,4 %, mais les moyennes sur la période sont celles caractéristiques d’un vrai pays émergent : respectivement 31,4 % et 31,6 %. La croissance est équilibrée à moyen terme puisque l’épargne interne couvre presque l’intégralité de l’investissement.

Trois problèmes structurels qui assombrissent l’horizon

En dépit des efforts réalisés, l’inflation n’est toujours pas fermement contenue. Certes, l’inflation de 800 % de 1988 est bien loin, mais le pays enregistre des “bouffées” certaines années : 23,1 % en 2008 et 18,7 % en 2011. En moyenne sur six ans, elle se situe à 12,6 % ce qui reste élevé. Les pouvoirs publics ont parfois recours à des blocages de prix (sur les denrées de première nécessité), et au maintien du statuquo en ce qui concerne les salaires des fonctionnaires.

Le taux de chômage est par ailleurs fixé administrativement, puisqu’il varie de 4,7 % à 6 % en 2009/2010 pour redescendre à 4,5 % sur la fin de période alors que l’activité ralentit. Plusieurs économistes de la place estiment que le sous-emploi représente 30 % de l’économie (secteur informel ou travail au noir, pertes de rentrées fiscales, risque pour les travailleurs…).

Le déficit public enfin, de 9 % en 2009 a été ramené à des étiages plus raisonnables, soit -3 % en 2011, mais -5 % et -4 % en 2012-2013. On remarquera que l’assainissement des finances publiques s’est réalisé sur une baisse drastique des dépenses : de 33,4 % du PIB en 2009 à 26,1 % en 2013 (soit -22 %), alors que le taux de prélèvements obligatoires reste à un niveau constant et faible (respectivement 24,4 % et 22,2 %).

Le sort particulier de la balance des paiements : seule véritable richesse du pays

Tout d’abord, il convient de souligner que le Vietnam est l’un des pays les plus ouverts au monde (à l’instar des Pays-Bas et de Hong-Kong), puisque le taux d’ouverture ([exportations de biens et services + importations de biens et services]/PIB) oscille autour de 155 % par an (soit 2 fois le niveau de la Chine et 4 fois le niveau de l’Inde). Le pays a donc pris l’habitude d’être “tiré” par le commerce international et les IDE. S’il cherche des substituts aux moindres rentrées douanières, dues à son admission à l’OMC, le pays parcourt les enceintes commerciales plurilatérales citées précédemment, pour trouver des contributions qui renforcent un dispositif public déjà très attractif pour les capitaux étrangers.

Le déficit des transactions courantes, de 11,9 % du PIB en 2008 décroit tendanciellement jusqu’à 2011, pour devenir excédentaire sur la fin de période : 5,8 % et 5,6 % respectivement. Cette évolution est principalement imputable à la balance commerciale qui passe d’un déficit de 12,8 milliards de dollars US en 2008 pour diminuer continument et atteindre un excédent de 9,9 milliards en 2012 et 14 milliards en 2013.

Traditionnellement donc, les sources de financement du déficit étaient au nombre de trois : les IDE, passés de 2 milliards de dollars US en 2000 à 10,5 milliards en 2012, les versements au titre de l’aide publique au développement (APD pour 3,5 milliards annuels), et enfin des transferts de la diaspora à hauteur de 10 milliards par an. Les IDE d’hier font les exportations d’aujourd’hui, car il est admis que sur les 132 milliards de dollars US d’exportations du Vietnam en 2013, 62 % environ du total vient des firmes étrangères primitivement entrées dans le pays sous forme d’IDE. Soit un jeu authentiquement “gagnant-gagnant”.

Conclusion

Le Vietnam fournit l’un des exemples les plus réussis d’un pays pauvre qui a choisi délibérément l’immersion dans la mondialisation. Elle y réussit bien, et certaines découvertes pétrolifères récentes confortent encore plus la dimension internationale du pays. Toutefois, le Vietnam reste sous la coupe d’un Parti Communiste Vietnamien qui pourrait faire sien le slogan chinois : “2 systèmes, 1 parti”.

Il faut dire que celui-ci est conscient des enjeux de moyen et long terme du pays et gouverne plutôt bien ce pays de 90 millions d’habitants, joyau de notre francophonie (très rarement pratiquée dans les faits malheureusement). En 2013, le PIB PPA du pays pesait la moitié du PIB PPA sud-africain, ce qui démontre le potentiel de rattrapage du Vietnam sur le groupe des BRICS.

Source : Les Echos