Un Grand Prix de Formule 1 au Vietnam en 2020

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Les autorités vietnamiennes avaient annoncé, dès le 1er novembre, qu’elles avaient « réussi à obtenir d’accueillir une course du Championnat du monde de Formule 1 de la Fédération internationale de l’automobile [FIA] à partir d’avril 2020 ». Pris de court, le promoteur de la F1 mondiale, Liberty Media, n’a confirmé l’information que mercredi 7 novembre, quelques heures avant une grande fête prévue pour acter la naissance de cet événement sportif, qui suscite de gros espoirs, tant pour le Vietnam que pour la F1 mondiale.

Pour Hanoï, ce contrat s’inscrit dans la logique d’ouverture du pays débutée en 1991, reposant sur des « partenariats stratégiques ». « Nous sommes fiers d’accueillir le Grand Prix de Formule 1 du Vietnam et de présenter la ville de Hanoï au monde », a précisé Nguyen Duc Chung, maire de Hanoï, dans le communiqué officiel.

Partenaire privé
Organiser une telle compétition est toutefois financièrement risqué. Si les autorités soutenaient le projet depuis des mois, c’était à condition que celui-ci soit financé par le privé. Le consortium Vingroup assurera en l’occurrence le rôle de promoteur, au terme d’un accord pluriannuel signé avec Liberty Media. VinGroup, dont la cinquantaine d’entreprises opère dans l’immobilier, les centres commerciaux, la production agricole et les parcs d’attractions, est dirigé par la plus grosse fortune du Vietnam, Pham Nhat Vuong, habitué à traiter avec la municipalité d’Hanoï.

Cet homme d’affaires a fondé, il y a deux ans, VinFast, le premier constructeur automobile du pays, dont il a présenté, au début d’octobre au Mondial de l’automobile de Paris, les deux premiers véhicules – un SUV et une berline. Pham Nhat Vuong table tout particulièrement sur le développement d’une classe moyenne en plein essor en Asie du Sud-Est et se montre convaincu des bienfaits du sport automobile et de son impact en matière d’image commerciale.

Cela fait écho à la motivation de Liberty Media, promoteur de Formule One Group, qui ne cesse d’expliquer, depuis son entrée en scène en 2017, qu’il souhaite développer la F1 mondiale en Amérique du Nord et en Asie. En Amérique du Nord, Chase Carey, patron de Liberty Media, n’a pas réussi à convaincre Miami de rejoindre le championnat du monde en 2019. La ville de Floride, qui a accueilli cette année une course de Formule électrique, n’a pas souhaité renouveler l’expérience, selon le dernier calendrier publié par la FIA.

Circuit urbain
Le Grand Prix du Vietnam devient donc la première course à voir le jour sous l’égide de Liberty, qui envisage ainsi d’inscrire jusqu’à 25 épreuves par saison de F1 – contre 21 en 2018 et 2019. Quitte à en raccourcir les formats.

« Nous sommes ravis d’être ici à Hanoï, une des villes les plus passionnantes au monde à l’heure actuelle (…). C’est la formule idéale pour les courses de Grand Prix, et j’espère que cela deviendra un véritable point fort du calendrier de la F1 », a insisté Chase Carey.
Du côté de la FIA, le directeur de course de la F1, Charlie Whiting, a visité le site cet été et donné son aval pour un tracé en ville de 5,565 km, empruntant en partie des routes existantes et d’autres réalisables pour 2020. Ce circuit doit permettre aux pilotes de fournir un spectacle accessible au plus grand nombre, à l’image de celui de Bakou (Azerbaïdjan).

La fête, organisée mercredi 7 novembre en soirée à la Citadelle de Hanoï – l’un des monuments les plus emblématiques de la ville – pour entériner la naissance de ce nouveau rendez-vous de l’élite automobile, était à la hauteur des ambitions des signataires, qui se réjouissent d’avoir trouvé un remplaçant asiatique au Grand Prix de Malaisie.

Attirer les fans
Au printemps 2007, le gouvernement malaisien avait annoncé sa décision de mettre fin à compter de 2018, soit un an plus tôt que prévu, à un Grand Prix (organisé depuis 1994) qui était en concurrence avec le spectaculaire Grand Prix de Singapour. Le premier ministre avait justifié ce choix par « la faible rentabilité si l’on compare à ce que coûte l’accueil de la course ».

Cette défaillance économique s’était concrétisée, lors de l’ultime édition 2017, par une bouche d’égout descellée qui avait envoyé valdinguer la Haas du pilote français Romain Grosjean lors des essais. Alors que le gouvernement malaisien, propriétaire du circuit de Sepang, dépensait 62 millions d’euros par an pour la course, les rentrées financières reposant sur la billetterie n’avaient cessé de chuter. Et la fréquentation du circuit, d’une capacité de 120 000 personnes, était tombée en 2016 à 45 000 spectateurs.

Hanoï réussira-t-il à attirer les spectateurs ? Au Vietnam, les quelque 93 millions d’habitants sont a priori peu portés sur le sport automobile, auquel ils préfèrent les courses de motos sauvages, et interdites, en ville.

Source : Le Monde