Un français chante “Mes souvenirs de Saïgon” à la télévision vietnamienne

Quand Gérard Addat chante à la télévision vietnamienne, ce n’est pas que pour promouvoir sa musique mais surtout pour aider des Eurasiens à retrouver un parent.

Pour cet Eurasien de 73 ans, chanter Mes souvenirs de Saïgon à l’émission Nhu Chu Hê Co Cuôc Chia Ly (Perdu de vue en français), c’est aller au-delà du retour aux sources. Son passage a aussi été l’occasion de relayer les appels de membres de l’association Foefi (*) à la recherche d’un parent au Vietnam. « C’est une émission très sérieuse. Il faut leur fournir des documents prouvant que l’on a bien vécu au Vietnam. Les dossiers sont scrutés de près. On retrouve souvent un parent. Ce n’est pas forcément un père ou une mère mais il reste toujours quelqu’un, une tante, un oncle, des cousins… », souligne Gérard Addat.

Une force pour la vie
Né à Saïgon en 1942, l’artiste a lui aussi souffert de ce déracinement quand en 1955, il est rapatrié en France avec son frère Joël et sa mère. Les deux frères sont immédiatement placés dans les foyers de la Foefi. Gérard Addat estime que c’est en partie dans cette expérience traumatisante qu’il a puisé la force qui l’a motivé toute sa vie. « Je me suis dit : “mon vieux, tu es tout seul, il faut que tu te battes.” Je savais qu’il fallait bosser pour y arriver », se souvient le septuagénaire.

Ce déraciné part ensuite faire ses études supérieures à Oxford puis Glasgow. Il ne revient en France qu’au bout de treize ans avant de s’envoler pour l’île de Madère en 1981. Ce séjour de deux ans lui ouvrira les portes des associations portugaises de France à son retour. Polyglotte (il parle sept langues) et globe-trotter, Gérard Addat a tout de même posé ses valises et c’est par amour qu’il a choisi Montluçon. « J’ai rencontré, au Portugal, une Cantalienne. Elle et moi n’avions plus nos parents mais elle avait de la famille à Montluçon. On a quitté Montreuil pour venir s’installer ici. J’étais ravi de retrouver la ville où j’avais fait deux mois de classes avec Frank Alamo », ajoute avec un immense sourire le chanteur. Aujourd’hui il profite de ses passages dans les télévisions étrangères – en particulier au Portugal – pour vanter les charmes de la cité des ducs de Bourbon.

La quête du père
Même au coeur du Bourbonnais, le Vietnam n’est jamais loin de Gérard Addat. À Noyant-d’Allier, il retrouve « un petit Vietnam ». « C’est extraordinaire, ce village. Ça m’a fait du bien au coeur de le découvrir. »

En parallèle à sa carrière de chanteur, Gérard Addat continue d’aider les Eurasiens à la recherche de proches au Vietnam. Il s’investit dans cette quête car lui-même sait le bonheur que représentent les retrouvailles d’un parent. En 1988, il a enfin retrouvé son père, prisonnier du Viêt-minh lors du rapatriement de Gérard en France. « Il vivait en Savoie. Il pensait que nous étions restés au Vietnam. J’ai pu l’embrasser, mes enfants ont pu le voir. Mon cœur est en paix. »

(*) Créée en 1987 l’association Foefi regroupe des Eurasiens et des Français rapatriés d’Indochine qui avaient été placés dans les foyers de la Fédération des ‘uvres de l’enfance de l’Indochine française (Foefi). Pratique. Les personnes à la recherche d’un proche au Vietnam peuvent contacter Gérard Addat au 06.87.32.63.19. Mail : victorscarwell@hotmail.fr.