Le maître Michel Nguyen, 8e Dan, dirige l’école de viet vo dao Thanh long son hai

Le maître Michel Nguyen

Maitre Michel Nguyen a fait du viet vo dao, son art de vivre. Il l’a reçu de son père et l’enseigne à son tour depuis presque quarante ans.
Tous les contes commencent par la naissance du héros qui reçoit d’une fée un don, ou d’un oracle l’annonce d’un destin singulier. Sur le berceau de Michel, un des plus grands maîtres des arts martiaux vietnamiens s’est penché. Son père, Nguyen Dan Phu.

Michel Nguyen est né l’année du dragon, cette créature puissante dont la charge symbolique est respectée dans toute l’Asie.

Le cadeau du père
Il arrive dans une grande famille, avant-dernier d’une fratrie de neuf enfants. « Ma mère était française. Elle voulait beaucoup d’enfants. Elle était très généreuse, on n’était jamais moins de vingt-cinq à table », se rappelle-t-il. Cette maison avait autre chose de particulier. « Il y avait des sacs de frappe partout pour qu’on puisse s’entraîner ». Nguyen Dan Phu, le père, n’était pas venu en France pour enseigner le viet vo dao ou diffuser cet art martial vietnamien aux occidentaux. Son savoir, acquis pendant sa jeunesse à Hanoï sommeillait en lui. Jusqu’au jour où, son fils aîné, rentre du cinéma stupéfait d’avoir vu des combattants d’arts martiaux casser des planches. « Mon père lui a répondu qu’il savait faire ça. »

Le père est devenu maître et a offert son art en cadeau à ses fils. Le jeune Michel a six ans lorsqu’il débute sa pratique.
Avec sept frères, les adversaires sont à portée de mains. Les années passent, l’heure des études arrive. Michel s’inscrit en fac de droit à Clermont-Ferrand. « En deuxième année, je constate que les études ne me passionnent plus. Je décide à ce moment-là de suivre la voie de professeur d’arts martiaux. Cela devient ma vie. À vingt ans, j’avais déjà quasiment quinze ans de pratique. Je n’avais travaillé qu’avec papa, je me suis donc ouvert à d’autres disciplines d’arts martiaux. »

Un art martial n’est pas un sport, une simple activité physique, un défouloir pour brutes belliqueuses. Il est intrinsèquement lié à une culture, inscrit dans patrimoine de traditions de règles et de valeurs. Art de combat certes, mais art de vie. Jusqu’à la mort.

« Un art de vivre »
Michel Nguyen commence à son tour à l’enseigner dès 1974, son diplôme d’état en poche. « C’est une vie d’artiste. C’est un art de vivre. Le but est d’appliquer à l’extérieur ce que l’on apprend dans la salle. Le respect du partenaire, le développement de bons sentiments, la politesse et la volonté. Ces valeurs, il faut les vivre, tous les jours. On dépasse l’aspect technique, autrement cela ne fonctionne pas. »

En 1991, le maître Nguyen Dan Phu décide de formaliser cet héritage en créant neuf branches, pour la sienne et chacun de ses fils. Chaque enfant aura un nom de pratiquant et pourra enseigner à son tour, sa branche. La racine commune est thanh long, le dragon vert, le style du patriarche auquel est associé le nom du pratiquant. Michel est nommé Son Hai, la mer et la montagne.

Michel Nguyen a reçu de son père un enseignement tel que lui-même l’avait reçu, au Vietnam. L’apprentissage d’un unique geste. Des heures, des jours, des mois. Pour atteindre la perfection. « Dans l’esprit de mon père, on pratique jusqu’à la mort. Donc on a le temps ». Alors il a fallu transposer la méthode asiatique, l’acclimater. Réfléchir, élaborer une technique pour la rendre plus pédagogique et cartésienne pour le public, dans un dojo. Actuellement, toutes les écoles thanh long, incluant celles des frères, compte 1.500 élèves dont 180 ceintures noires.

La tradition des arts martiaux vietnamiens se perpetue dans la famille. Les deux fils, la fille et l’épouse de Michel, pratiquent et enseignent aussi le viet vo dao.

De nouveaux chapitres de l’histoire de la famille Nguyen sont toujours en train de s’écrire.

Source : Sarah Patier Kangni / La Montagne