La belle histoire de la famille LY

Il y a trente-six ans, une famille vietnamienne dérivait sur un boat people. Aujourd’hui, elle est à la tête d’une affaire florissante à Borny près de Metz. Et l’aventure n’est pas terminée.

Dans ces rayons, tout rappelle le Vietnam natal de Monsieur Ly, à l’origine de cette aventure commerciale et humaine. Les herbes parfumées, le riz de la dernière récolte, les sauces aigres-douces, les nems et les raviolis de toutes sortes attirent une clientèle de restaurateurs asiatiques attachés à la qualité de leur cuisine, de familles nourries de ces cultures et, de plus en plus, de “non-Asiatiques”. « Nous faisons plus d’affaires au moment de Noël que du Nouvel An chinois », constate d’ailleurs Hong, la fille aînée de Khai Khanh Ly et désormais gérante du magasin.

Sur L’île de Lumière
Elle traduit le récit de son père, qui en peu de mots raconte une épopée hors du commun, et qui aurait pu être dramatique. Nous sommes le 8 août 1979, la famille Ly est à bord d’un boat people, fuyant la guerre sino-vietnamienne. Les images de milliers de réfugiés entassés sur des embarcations de fortune sont restées gravées dans la mémoire collective. Parmi ces millions d’émigrants, principalement originaires du sud, on a estimé qu’entre 200 000 et 250 000 ont péri, victimes des garde-côtes, des pirates ou de noyades. Ce jour-là, la famille Ly est recueillie sur L’Île de Lum ière, le navire-hôpital de l’équipe de Bernard Kouchner. Hong a 3 ans, son frère Duc est encore un bébé. Parents et enfants passent par un camp de réfugiés près de Singapour, avant d’être dirigés vers la Picardie, en France.

Les Ly sont alors aidés et accompagnés par une famille de Noyon. Khai Khanh Ly trouve un travail dans le bâtiment, il s’accroche pendant sept ans, économise. Comme son épouse, il est d’une famille de commerçants. Avec deux sœurs, le couple ouvre un premier restaurant à Compiègne. Il noue des contacts avec le XVIIIe arrondissement de Paris et son grand marché de fournisseurs asiatiques. Les années passent, le restaurant devient trop petit. La famille entend parler d’un restaurant à racheter à Metz, le Palais Ming, rue Harelle. L’affaire ne se fera pas. Mais une autre opportunité se présente. La petite épicerie asiatique, tenue par une Cambodgienne, est à reprendre dans le centre commercial du quartier de Borny.

Le soja maison
La famille s’installe dans le quartier, baptise le commerce Ly Kim Thanh (signifiant “transforme les matières en or”).En 1991, la famille décide de tenter l’expérience suivante : elle produira son propre soja dans la région. Une chambre de germination est installée d’abord à Pierrevillers, puis à Dieuze. L’exploitation agricole est confiée à d’autres membres de la famille Ly. Sojalor emploie aujourd’hui une quarantaine d’employés et fournit ses clients jusqu’au Luxembourg et en Allemagne. Khai Khanh Ly en est encore le président directeur général.

Une affaire familiale
Les enfants grandissent, aident au magasin.À la fin des années quatre-vingt-dix, Duc, le benjamin, décroche un diplôme de conception électronique. Il vient pour palier le départ d’un employé… et finalement reste dans l’entreprise familiale. Hong est partie faire un DESS de commerce international à Paris. Lorsqu’elle revient à Metz, elle décide d’ouvrir une boutique de mangas, en Fournirue. L’arrivée d’un enfant conjuguée aux exigences économiques a raison de la librairie en 2013. Et Hong rejoint l’épicerie, qui au printemps 2009 avait quitté les locaux exigus et sans espace de stockage pour un bâtiment tout neuf de 140 m², avec un grand parking, face à l’Actipôle.

En piste pour l’import
L’an dernier, la jeune femme et son père décident de se lancer dans l’import de certains produits. Lui parle le vietnamien et le mandarin, il part en prospection sur place. Elle met en place l’organisation de l’approvisionnement et crée une marque qui sera apposée sur les sacs de poissons surgelés. La première génération, partie de rien, a construit une belle affaire. La deuxième génération s’interroge, car elle doit déjà envisager l’avenir.