Insouciante Ho Chi Minh Ville

Le Vietnam du Sud connaît un spectaculaire développement. Son ancienne capitale en offre une saisissante illustration.

Les générations qui ont connu la guerre d’Indochine livrée par les Français, puis celle du Vietnam perdue par les Américains, ont toujours en tête des lieux géographiques qui ont alimenté une sombre actualité pendant des décennies. Au cours de ces interminables années d’hostilités, revenait régulièrement à la Une des journaux la résistance du Viêt Minh et du Viêt Cong, tandis que la TSF égrenait les funestes nouvelles de Danang et de Nah Trang, d’Haïphong et de la piste Ho Chi Minh.

Des noms qui, à l’époque, exhalaient d’ambigus parfums mêlant les effluves sulfureux de la poudre à canon à de capiteuses fragrances exotiques. Aujourd’hui, la page est tournée. On ne parle plus de la Cochinchine, de l’Annam ou du Tonkin. La guerre est loin, et, pour les Vietnamiens, c’est de l’histoire ancienne. Le démontre, l’incroyable amitié qu’ils témoignent à leurs visiteurs français. Même les Américains, qui ont fait, là-bas, de sanglants ravages, sont accueillis à bras ouverts.

Toujours dans l’ombre de Saigon

Il est vrai qu’après avoir subi deux grands conflits, le Vietnam a encore vécu des lustres sous une chape de plomb qui ne s’est dissipée qu’avec l’entrebâillement des frontières au début des années 90. Désormais les portes sont grand ouvertes, et, derrière elles, les habitants respirent. Ils le font à pleins poumons, même si c’est pour inhaler les fumées de la myriade de cyclos, de scooters et de motos (il y en aurait 4 millions !) qui déferlent en permanence dans les rues d’Ho Chi Minh ville, l’ancienne Saigon dévergondée que l’idéologie bureaucratique venue du nord n’a pas tout à fait réussi à faire rentrer dans le rang. Elle est à Hanoï, la rigide capitale politique d’en haut, ce qu’est Shanghai à Pékin : le yang de son yin. Luxuriante, à l’image de ce sud tropical qui semble jouir de tous les bienfaits de la nature, Ho Chi Minh Ville est une cité enjouée, malgré les douleurs passées.

Elle est bourdonnante, trépidante, et toujours un peu indisciplinée. D’ailleurs pour ses habitants eux-mêmes, son nom s’écrit Ho Chi Minh, mais continue de se prononcer Saigon. On la surnommait autrefois la Paris de l’Asie, en référence à son charme et à son caractère entreprenant. Elle les a conservés, comme elle garde des traces vivantes de son passé français avec son théâtre municipal inspiré du Petit Palais parisien, sa poste centrale à la charpente signée Eiffel et sa cathédrale néo-romane.

Plantée sur la place de l’Hôtel de ville – lui aussi bâti par les Français, voici un siècle –, l’imposante statue perpétuellement fleurie de l’Oncle Ho est tout de même là pour rappeler à ceux qui l’oublieraient que les choses ont changé et qu’en face, ce n’est plus le conseil municipal qui siège, mais le comité populaire. Qu’importe. Saigon a retrouvé le dynamisme d’avant les années sombres. Elle offre une formidable illustration du boom économique actuel de l’Asie, dans lequel le Vietnam prend toute sa part. Les grandes enseignes de luxe y ont maintenant pignon sur rue, les nuées de deux-roues apprennent à composer avec les Mercedes et les BMW, et la terrasse panoramique du Rex, le palace où les correspondants de guerre avaient autrefois leur quartier général, ne désemplit pas. Là comme ailleurs, on est aujourd’hui à mille lieues d’ Apocalypse Now et de Full Metal Jacket !