Face à la montée des eaux, le Vietnam met en place des mesures radicales pour sauver l’économie du delta du Mékong

Face au changement climatique, le Vietnam met en place des mesures radicales pour sauver l’économie du delta du Mékong, où vivent 19 millions d’habitants, essentiellement des agriculteurs et des pêcheurs.

Le delta du Mékong, c’est le bol de riz des Vietnamiens. En d’autres termes, il concentre l’essentiel de la production rizicole du pays. Ici, les effets du changement climatique sont graves : la mer pénètre jusqu’à 60 km dans les terres, déversant son sel dans les rizières, ce qui compromet la production. Face à cette catastrophe annoncée, Monsieur Tho a décidé de se servir de l’eau de mer ; il a même monté une coopérative pour le faire.

Avant 2002, tous les champs qui sont autour de nous étaient des rizières. Mais on a constaté que, avec le sel, la qualité des grains de riz s’était dégradée. Pour cette raison, on a décidé d’arrêter. On s’est mis à élever des crevettes.

Le gouvernement vietnamien lui-même est arrivé à la même conclusion. Après avoir construit à grands frais des digues pour contenir l’eau de mer, il a constaté que cela ne servait pas à grand-chose. Depuis le mois de septembre, l’exécutif encourage l’élevage de crevettes à la place du riz, ou la permaculture, qui consiste à alterner entre le riz et la crevette.

Repenser des secteurs entiers
Madame lan est l’une des responsables de l’association des producteurs et exportateurs de produits de la mer du Vietnam. « Le changement climatique, c’est le principal défi auquel doit faire face l’industrie de la pêche du Vietnam. Il y a cinq ans, quand on parlait des conséquences du changement climatique, personne ne voulait le croire. Mais c’est arrivé beaucoup, beaucoup plus vite que prévu. Donc nous devons mettre en place sérieusement une stratégie pour s’adapter. On s’implique complètement dans le commerce des crevettes. »

Restaurer un équilibre
Le Van Quang s’est engagé dans un programme qui allie la protection de l’environnement au développement des élevages. Le patron de la société Minh Phu, numéro 1 de la crevette au Vietnam, « rêve qu’au bord de la mer, il y ait une barrière de mangroves sur plus d’un kilomètre de profondeur, ce qui permettrait de protéger le delta et de nourrir les crevettes qui vivent naturellement dans cette végétation ». Pour Le Van Quang, « cela donnerait des produits de qualité pour les consommateurs ».

[Le développement de] la mangrove est une réponse à la menace de l’eau salée et du changement climatique, et c’est un excellent environnement pour les crevettes. Van Sang, directeur de l’Institut de recherche pour l’aquaculture, voit plus loin. Il travaille déjà sur les espèces de crevettes qui devront s’adapter, à leur tour, au changement climatique.

« Nous sélectionnons des espèces qui résisteront mieux à différents niveaux de salinité et de température. Nous cherchons aussi des compléments dans l’alimentation pour renforcer la résistance naturelle de ces espèces. »

Source : France Inter