Exposition du photographe vietnamien Jean-Baptiste Huynh : des visages qui révèlent l’âme

Il faut se promener dans les allées du jardin Raymond VI, juste à côté du musée des Abattoirs, à Toulouse. L’œil est comme happé par de larges portraits de 120X120cm en noir et blanc. Intrigués, nous découvrons des visages tendus, presque graves, qui nous fixent autant que nous les fixons. La lumière, étonnante, donne à ces regards une force et une pureté infinies. Les photographies de Jean-Baptiste Huynh continuent de fasciner longtemps après la visite, et l’on se réjouit de retrouver l’artiste au salon d’un hôtel toulousain, à peine arrivé dans la Ville rose. C’est que le festival Biz’Art a frappé fort en invitant celui qui est l’un des meilleurs portraitistes mondiaux.

Ces derniers mois, Huynh aura exposé, outre Toulouse, à Berlin, au Louvre, à Arles – c’est dire l’envergure de l’artiste qui nous est proposé de découvrir. Né à Châteauroux en 1966 d’un père vietnamien et d’une mère française, Jean-Baptiste Huynh place depuis près de 25 ans le portrait au cœur de son travail. «Le portrait, c’est la question du regard, souligne-t-il tout de suite. Je trouve fascinant, intéressant et particulier au regard, contrairement aux autres sens, qui sont essentiellement des capteurs, que l’on voit et on peut lire chez l’autre : il est le révélateur d’une intériorité.»

Les visages que Huynh a photographiés sont le fruit de rencontres lors de voyages au Mali, en Éthiopie, en Inde, au Japon, au Vietnam. «Le fil conducteur était le visage depuis l’enfant jusqu’à l’homme âgé. Je voulais une typographie du visage à travers les âges et les pays.»

«Le modelé de la lumière»

Une typographie scrutée au plus près par une lumière que le photographe manie avec une rigueur maniaque : «J’aime profondément éclairer un visage, confie-t-il. Je voulais une lumière douce et puissante, précise, pour un rendu précis de la texture de la peau, des cheveux, des cils et de la bouche. Je suis très attaché à rendre ce modelé.»

Les 18 portraits et natures mortes ont été sélectionnés par Jean-Baptiste Huynh et Prune Bérest, qui est à l’initiative de cette exposition intitulée «Élégance». D’ailleurs, quelle serait la définition de l’artiste de l’élégance ? «L’élégance est pour moi la conjonction entre la forme et la présence, même si dans le langage commun l’élégance est surtout liée à l’apparence. Elle n’est pas qu’apparence : elle a une profondeur, elle tient aussi à une intériorité, une essence.»
Regards sur l’«élégance»

Du 6 septembre au 16 octobre, l’association Biz’art populaire organise une exposition gratuite de photographies en plein air au Jardin Raymond VI, qui jouxte le musée des Abattoirs sur les allées Charles-de-Fitte. Réunis sous le thème de l’«Élégance», les travaux de Shoji Ueda, maître japonais disparu en juillet 2000, d’Isabel Muñoz, l’une des plus grandes photographes espagnoles, de Jean-Baptiste Huynh et du photographe voyageur Frank Horvat, qui rend ici un hommage malicieux à Alfred Hitchcock, ces photographies offrent une visite passionnante à travers la photographie mondiale contemporaine.

Vernissage vendredi 6 septembre à 18h30.

Source: La Dépêche