En Allemagne, un Vietnamien a été «kidnappé» en plein parc public par des agents de…..Hanoï !

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Figure honnie du régime communiste vietnamien, un apparatchik du pétrole ayant détourné des millions d’euros des caisses de l’Etat, a vu son destin se briser en Allemagne. Trin Xuan Tanh a été enlevé le 23 juillet par des hommes armés selon la presse allemande, et la diplomatie allemande n’a «aucun doute sur la participation des services de renseignement» vietnamien. «Une déclaration regrettable», a jugé jeudi la diplomatie vietnamienne.

Le rapt n’a été confirmé par Berlin que mercredi, causant depuis un bras-de-fer inédit entre les deux pays.«C’est très surprenant. Ils semblent penser que Berlin est comme Hanoï ou une petite ville du Vietnam où ils peuvent appliquer la loi de la jungle», a réagi le dissident Nguyen Quang A, interrogé par l’AFP.

Le régime vietnamien se contentait en effet jusqu’ici de pratiquer la répression à domicile. Car si Thanh n’a rien d’un dissident, l’audace de la méthode, avec ce rapt en pleine Europe, attire l’attention sur les méthodes du régime vietnamien, coutumier des disparitions et tabassages d’opposants. De nombreux blogueurs sont derrière les barreaux au Vietnam, condamnés pour propagande antiétatique parce qu’ils ont osé critiquer la gestion de l’Etat et sa corruption. Jeudi, au-delà de rares mentions sur internet, principale source d’information au Vietnam, aucune mention du scandale n’a filtré dans les médias, tous contrôlés par le régime.

-Plein gré –
Hanoï affirme que Trinh Xuan Thanh est revenu de son plein gré d’Allemagne. Mais celui-ci n’a pour l’heure fait aucune apparition publique. L’homme, qui avait déposé une demande d’asile en Allemagne, n’était pas un citoyen lambda: il avait dirigé jusqu’en 2013 l’important groupe pétrolier public PetroVietnam Construction (PVC).

Ce cadre du Parti communiste avait aussi occupé des fonctions au sein de l’appareil d’Etat, notamment à un poste clef à la tête de la province de Hau Giang, dans le sud du pays. Il menait un train de vie faste, comme de nombreux responsables du régime communiste. Mais en mai 2016, des photos de lui au volant d’une voiture de luxe portant des plaques gouvernementales l’avaient fait remarquer et mis en difficulté. Les photos, sorties dans la presse locale, l’ont fait passer du statut d’apparatchik profitant discrètement des avantages de sa position à celui de symbole de haut fonctionnaire corrompu.

Or, le régime communiste mène ces dernières années une opération «mains propres» pour tenter de se défaire de sa réputation de corruption. C’est ainsi que peu après la publication des photos, Thanh a été accusé d’avoir détourné l’équivalent de plus de 120 millions d’euros via le groupe pétrolier public PVC. En juillet 2016, il s’est enfui du Vietnam pour échapper aux poursuites judiciaires, lui valant le statut d’homme le plus recherché du pays. Il était depuis demandeur d’asile en Allemagne.

«Nous sommes décidés à attraper Thanh. Il ne peut pas éternellement se cacher», avait déclaré en décembre dernier le chef du parti communiste Nguyen Phu Trong. D’autres ont plus de chance: un blogueur dissident franco-vietnamien, Pham Minh Hoang, a ainsi seulement été expulsé fin juin vers la France et s’est vu retirer sa nationalité vietnamienne. Une méthode inédite pour Hanoï là aussi.

Source : AFP/NXP