Edouard Philippe au Vietnam : 10 milliards d’euros de contrats pour la France

Au premier jour de sa visite officielle au Vietnam, le chef du gouvernement français Edouard Philippe a présidé à la signature de plusieurs contrats franco-vietnamiens, dont une commande de 50 Airbus pour plus de cinq milliards d’euros.

“Ces accords, qui “représentent plus de 10 milliards d’euros d’investissements”, traduisent “l’intensité croissante des liens économiques entre les deux pays”, s’est réjoui l’intéressé. “


“Le partenaire de référence”

Le Premier ministre est notamment venu pour renforcer les liens économiques avec le Vietnam, jugés encore insuffisants en mars dernier par le président Emmanuel Macron.

“La France veut devenir “le partenaire de référence” du Vietnam en Europe et que le Vietnam devienne son “partenaire de référence” en Asie du Sud-Est, a déclaré Philippe dans une interview publiée vendredi par le quotidien vietnamien Tuoi Tre.”

Le seul contrat d’Airbus pèse quelque 5,7 milliards d’euros, selon Matignon. L’avionneur européen finalise ainsi une commande de 50 moyen-courriers auprès de VietJet, une compagnie low cost devenue en quelques années leader sur le marché vietnamien.

Propriété de la milliardaire vietnamienne Nguyen Thi Phuong Thao, la compagnie en plein essor est également derrière le deuxième gros accord annoncé vendredi, concernant l’équipementier aéronautique français Safran, après plusieurs mois de négociation. Il concerne CFM, sa coentreprise avec l’américain General Electric, pour fournir une centaine de moteurs de Boeing 737, là aussi commandés par VietJet. Le montant global s’élève à 4,4 milliards d’euros.

De façon plus symbolique, la chaîne d’information internationale France 24 a reçu une licence pour être diffusée en français dans le Vietnam communiste, où elle était déjà présente en anglais depuis 2016. Avec un peu moins de 0,7% des échanges vietnamiens, la France est le troisième partenaire commercial européen de son ex-colonie, loin derrière l’Allemagne (1,8%) et juste après l’Italie.

La balance est surtout très déficitaire, avec 5,1 milliards d’euros d’importations du Vietnam et 1,6 milliard d’exportations françaises en 2017, principalement dans l’aéronautique, selon les statistiques officielles. “Nous devons être beaucoup plus présents au Vietnam”, avait affirmé Emmanuel Macron lors de la visite à Paris du numéro un du parti communiste vietnamien, Nguyen Phu Trong.

Quand Trump n’est plus là…
Le contexte commercial est plutôt favorable : s’ils n’excluent pas d’y revenir, les Etats-Unis de Donald Trump ont quitté le traité commercial transpacifique TPP. Et le Vietnam est en train de sceller avec l’Union européenne un accord de libre-échange.

“Le Vietnam a besoin de partenaires fiables et d’un environnement stable. Il se trouve que nous sommes à un moment où les partenaires fiables ne sont pas si nombreux et où certains peuvent remettre en cause les fondements du multilatéralisme”, a plaidé Edouard Philippe auprès de son homologue Nguyen Xuan Phuc, lors d’une déclaration commune à la presse après la signature des accords.”

Les questions plus sensibles, comme celles des dissidents emprisonnés ou plus généralement des droits de l’Homme, n’ont en revanche pas été abordées publiquement, dans une conférence sans questions.

Arrivé à la mi-journée vendredi, Edouard Philippe a enchaîné les visites auprès des hauts responsables du régime communiste autoritaire: d’abord au palais présidentiel par le Premier ministre vietnamien Nguyen Xuan Phuc, puis avec le président nouvellement élu Nguyen Phu Trong. Ce dernier a également conservé son poste de secrétaire général du parti communiste, une double casquette inédite depuis Ho Chi Minh.

“”Vous êtes mon premier hôte étranger” depuis l’élection fin octobre, a souligné le chef de l’Etat vietnamien.”

Samedi, Edouard Philippe poursuit sa visite en se rendant sur le site de la lourde défaite française de Dien Bien Phu, en 1954, à la fin de la guerre d’Indochine. “”C’est un passé commun que nous avons. Un passé parfois tragique mais un passé commun. Et le regarder en face, c’est aussi se mettre dans les meilleures dispositions pour construire un avenir commun et un avenir confiant”, a-t-il plaidé vendredi.”

Le dernier – et jusque-là seul – passage d’un haut responsable français sur les lieux de la bataille remonte à février 1993, avec le président François Mitterrand.

Source : Le Nouvel Observateur et AFP