A Agen, le serpent d'eau a chassé le dragon

dragon nouvel an

Ce 10 février, les vietnamiens ont célébré l’entrée dans l’année du serpent avec le nouvel an vietnamien (Têt). A Agen, mais surtout à Sainte-Livrade, ils ont marqué le coup avec la danse du dragon.

Le dragon s’en va. Il repassera dans douze ans. Le serpent arrive. Le serpent d’eau très exactement. On l’attendait depuis douze ans.

Ainsi va la lune dans le calendrier asiatique. Chaque année sur un cycle de douze ans un animal s’offre aux croyances des hommes. Et le premier jour de l’année, le jour du Têt la fête est à la fois sonore, religieuse, païenne, gourmande et forcément sympathique. Le Camp d’accueil des Français d’Indochine (CAFI, à Sainte-Livrade) raconte la même histoire, chaque début d’année.

Bonheur, calme et volupté

«Parce que le nouvel an asiatique arrive entre le 20 janvier et le 20 février, c’est différent tous les ans

Le CAFI, devenu le petit Vietnam pour tous les déracinés, arrivés en France après la défaite de Dien Bien Phu ou juste un peu avant, a célèbré cette fête essentielle en tentant de se rapprocher des fastes de là-bas.

Dans la pagode qui sera sauvegardée après les travaux de rénovation, on a dansé en revêtant les sept «kesa» aux couleurs de l’arc-en-ciel. Dans la chapelle du camp où on parlé d’espoir.

Pas d’ambiguïté. Ici, dans les anciens baraquements encore debout, l’autel de Bouddha voisine avec l’autel à la vierge Marie. Et les offrandes pour l’un ont des couleurs extrême-orientales dans des parfums d’encens alors que les offrandes pour l’autre sont surtout fleuries.

Ne pas contrarier Bouddha

Pour Bouddha, en ce jour de Nouvel An, on a déposé des fruits frais, rouges ou jaunes. Et les dernières mamies qui ont rendu hommage au Dieu des bouddhistes, ont veillé jalousement sur les victuailles déposées pour que personne, surtout pas les petits enfants, ne vienne se servir, en cachette bien sûr… «Il ne faut rien faire qui pourrait contrarier Bouddha

Le sens de la superstition va bien plus loin. Ce dimanche dans toutes les maisons du CAFI ou des Asiatiques partout dans le monde, on a espèré «bonheur, calme et volupté.»

On détourne même la réalité pour éviter que le premier visiteur de l’année soit un porteur de mauvais sort. «Certains signes de l’astrologie chinoise sont moins heureux que d’autre.» Alors on contourne la règle en faisant entrer chez soi, dès minuit et une minute, celles et ceux qui sont censés porter chance et prospérité.

Et puisque définitivement il faut éliminer les mauvaises ondes de l’année qui s’en va, le Dragon a dansé devant chaque maison dans un déluge sonore de milliers de pétards. Et on a passé à table, bien sûr. Parce que là encore, le CAFI reste un monde à part. Les deux épiceries du camp ont proposé des mets de fête. Et le gâteau «la lune» avec sa graine de Lotus. «Autrefois une mamie dans le camp connaissait la recette. Un secret. Elle est partie avec…» Le gâteau «la lune» aujourd’hui vient d’ailleurs. Mais c’est une autre histoire.

Un lieu en voie de disparition

«Dépêchez-vous» ajouta la mamie, une des dernières du camp. «Dans quelques années, le CAFI sera un quartier comme les autres. Les chapeaux de latanier auront disparu du paysage comme les baraquements qui furent nos premières maisons, parfois les seules, à notre arrivé en France». Moi j’ai pleuré quand j’ai découvert que le baraquement dans lequel j’avais vécu avait été démoli». Les mamies relogées ont apprécié ce dimanche les logements salubres, sains et bien chauffés. Mais ce fut au prix d’un déracinement de plus. Alors quand elles ont prié, ce jour du Têt, c’était pour les vivants et les défunts, comme tous les ans. Et puis aussi dans l’espoir, enfin, de partir en paix.

Dimanche 10 février, le matin, le Dragon est passé dans les maisons des Résidents du Camp d’Accueil pour «chasser les mauvais sorts».

Samedi 16 février, ça sera la soirée de l’ARAC, dans la salle des fêtes du CAFI, avec repas et spectacle.

Samedi 23 février à partir de 14 heures, il y aura la danse du Dragon et «déluge» de pétards devant les deux commerces du CAFI.

Source : Le Petit Bleu